LE AURORA, MYTHE OU REALITE ?

La reconnaissance stratégique est un élément essentiel de le défense, pour les grandes nations. Elles ont un besoin vital de savoir ce que préparent leurs ennemis potentiels, pour réagir de manière à acquérir, ou conserver un avantage. Malgré l'éxistence de satellites très performants, les Etats-unis ont utilisés très, très régulièrement les services du SR 71 Blackbird pour sa souplesse d'utilisation.

Un satellite passe à des heures fixes et souvent connues de "l'ennemi", et ne peut revenir en arrière pour revoir un détail.

L'avion-espion est donc plus souple, tant du point de vue des horaire que de la trajectoire.
De par ses caractéristiques de furtivité, de vitesse (un peu plus de Mach 3.5), et d'altitude (25000 mètres) le Blackbird a pu opérer impunément pendant bien des années.

Toutefois, dans les années quatre-vingts, il est apparu que les Russes étaient capables, sous certaines conditions, de repérer le Blackbird à sa signature infra-rouge, et peut-être même d'engager contre lui des moyens antiaériens contre lesquels une vitesse de (seulement) Mach 3.5 n'était plus une protection. Il fallait donc penser à sa succession.

Dès 1979, l'US air force s'interessa à la possibilité de trouver un successeur au Blackbird. Celui-ci devait être capable de Mach 4 et plus à une altitude de plus de 60000 mètres, et être prêt à prendre la relève du Blackbird aux alentour de 1990.

A l'époque, certains projets de ce genre existaient.

Ensuite, plus rien... ou presque.

En 1985, le nom Aurora apparait sur un document concernant le budget de la défense. C'est là que tout commence. En l'absence d'informations, comme d'habitude, la rumeur prend le relais.

Les "révélations" extraordinaires se succèdent (surtout de la part de ceux qui ne savent pas, et ne peuvent d'ailleurs pas savoir).
Chaque témoignage de gens affirmant avoir entendu un puissant bruit de réacteur très haut dans le ciel, ou un très puissant bang transsonique, ou avoir vu une ou plusieurs trainées de condensation d'allure étrange (!?), ou avoir aperçu un objet se déplaçant très haut, et très, très vite est considéré comme une preuve que le Aurora éxiste, et qu'il vole très haut (les chiffres avancés vont parfois jusqu'à plus 100km d'altitude), très (trop) vite (on lit parfois des valeurs de Mach 20), et très bien.

Bien que la nécessité stratégique d'avoir un successeur au Blackbird semble évidente, les excès des "révélations" sur le Aurora ont fait douter plus de gens que n'aurait pu le faire le secret lui même. Le Aurora était devenu un bombardier stratégique antipodal hypersonique invulnérable et j'en passe.

Sans l'avoir jamais vu, on le dessine en détail comme s'il sagissait d'un avion de série connu. Ca donne quelque chose comme ça:

Avec les moteurs de type scramjet (normal, s'il faut atteindre Mach 20) sous le ventre, et un look de waverider dont on aurait bombé le dos pour le différencier du X43, et faire plus "révélation".

Un élément nouveau est apparu au printemps dernier, que le très sérieux mensuel Flight International a révélé dans un article du 15/06/2006: le ministère de la défense britanique a déclassifié des rapports concernant certains "phénomènes aériens non identifiés" s'étant produits entre 1996 et 2000 dans la zone défendue par la RAF.

Le rapport parlerait d'un "avion" de fabrication américaine triangulaire, et capable d'atteindre Mach 6. Voila le Aurora relancé, mais avec des performances revues à la baisse.

Si donc le Aurora éxiste vraiment, quelles sont ses performances?
- Mach 6 à peut-être 60km d'altitude, performances proches de ce que préconisaient les militaires américains lorsqu'il pensaient au remplacement du Blackbird,
- ou Mach 20 à 100km d'altitude comme la rumeur veut le faire croire?

- Les meilleurs statoréacteurs "classiques" peuvent, déjà aujourd'hui, atteindre à peu près cette vitesse (Mach 6).

- Une altitude de 60 km n'est pas non plus hors de portée de la technologie actuelle, sauf, peut-être pour l'alimentation en air des moteurs; en effet, l'altitude maximum officiellement atteinte par un avion équipé de moteurs atmosphériques est de 36000 mètres (Mig25).

60000 mètres c'est 24000 mètres en plus et pas mal d'air en moins (environ 10 fois moins de pression atmosphérique, soit de presque 1 millibar (à 36000m) à plus ou moins 0.1millibar (à 60.000m)), donc fort risque que cela soit insuffisant pour alimenter des moteurs.

- La combinaison vitesse, altitude, et furtivité donnerait au Aurora une très grande sécurité d'emploi au dessus de zones hostiles.

- Le fait d'utiliser des technologies, certes très en pointes, mais néanmoins basée sur des connaissances théoriques déjà éprouvées, permet d'espérer un niveau de fiabilité beaucoup plus grand que pour des prototypes tellement révolutionnaires que même les bases théoriques sur lesquelles ils sont conçus ne sont pas encore bien maitrisées. Et la fiabilité est très importante quand il s'agit d'agir en terrain hostile.

Toute ces considérations me font penser que le Aurora doit effectivement être un appareil présentant des performances de ce genre (Mach6, et peut être 60km d'altitude maximum, mais je parierais plutôt sur 40, pour les moteurs).

Dans ces conditions, il n'a pas besoin d'avoir des scramjets sous le ventre, il peut même être équipé de moteurs combinant turbo et statoréacteurs que l'on placerait sur le dos pour des raisons de furtivité radar.
Ca donnerait quelque chose comme ça:

Il n'est pas forcément comme ça, mais il pourrait.

D'un autre côté, et sans prétendre détenir la vérité, il y a quelques petites choses qui me font douter de la version largement hypersonique du Aurora.

Au delà de la nécessité de mettre en oeuvre des technologies dont nous ne maitrisons sans doute pas encore tous les aspects, le fait de voler à des vitesses supérieures à Mach10 pourrait avoir des effets néfastes pour un avion espion.

Il suffit, pour s'en convaincre de se remémorer les images, vues de l'intérieur, de la rentrée atmosphérique d'une navette.
Elle entre dans la très haute (et très ténue) atmosphère à près de Mach25, et est ralentie par le frottement aérodynamique.
Ce frottement produit une chaleur intense (voir la page: Mach5 et plus), si intense que l'air en est ionisé, et forme un plasma.
Ce plasma est très visible sur les image prises depuis l'intérieur de la navette lors de sa rentrée ; il apparait comme une forte lueur extérieur, une sorte de feu qui ne permet pas, aux astronautes, de voir quoique ce soit d'autre à l'extérieur.

Un avion hypersonique capable d'atteindre près de Mach20 se retrouverait dans des conditions semblables, voir pires si l'altitude est plus basse, et donc la densité de l'air plus haute.

A quoi pourrait donc servir un avion espion dont les occupants, et donc aussi les caméras, sont rendus aveugles par un "écran" de plasma ?

Il éxiste un autre phénomène dont tout le monde a entendu parler, lors des rentrées atmosphériques, c'est le black out radio. Ce phénomène là aussi est du à la présence de ce plasma qui fait obstacle au passage des ondes radio.

Voici notre avion espion, non seulement aveugle, mais en plus incapable d'espionner quelqu'émission radio que ce soit.

Enfin cette température extrême à laquelle l'avion est soumis, n'est pas seulement gènante pour sa structure, elle constitue une excellente source d'émissions thermiques repérables de très très loin, et contraire à la recherche de la furtivité, et de la discrétion nécessaire à ce genre de mission. Déjà, à Mach5-6 l'échauffement peut être repéré, mais pas de trop loin, mais à Mach20, l'avion constitue un véritable phare thermique.

C'est pour toutes ces raisons que j'ai beaucoup de mal à imaginer un Aurora à Mach20.